Le boom du rétro : pourquoi maintenant ? #
Le rétro-gaming s’est imposé comme l’une des tendances de fond d’un secteur du jeu vidéo évalué à 45,6 milliards de dollars en 2024. Sur les plateformes de seconde main, les ventes de consoles et de jeux de plus de vingt ans ont progressé de 12 % en un an. Le moteur de cette dynamique n’est pas seulement la nostalgie des trentenaires et quadras : une étude britannique menée en 2025 indique que 24 % des jeunes de la génération Z (13-28 ans) possèdent désormais une console rétro. Soit un quart d’une génération qui n’a jamais connu les salles d’arcade. Plusieurs facteurs se conjuguent. D’abord, la rareté : les machines des années 80-90 ne sont plus fabriquées, le stock se dégrade, et chaque console qui rend l’âme fait monter mécaniquement la valeur des survivantes. Ensuite, la simplicité assumée de ces jeux, perçue comme un antidote aux blockbusters de 80 heures bourrés de micro-transactions. Enfin, un puissant ressort identitaire et patrimonial : posséder une cartouche d’époque, c’est détenir un morceau d’histoire culturelle.Les pièces les plus cotées (enchères sourcées) #
C’est ici que les chiffres deviennent vertigineux — et qu’il faut distinguer le mythe de la réalité. Les records absolus concernent des cartouches scellées d’usine et notées par un organisme de grading (comme Wata), dans un état quasi parfait. Ce sont des objets d’investissement, pas des jeux destinés à être joués. Le 2 avril 2021, un exemplaire scellé de Super Mario Bros. sur NES (noté Wata 9.6 A+) s’est vendu 660 000 dollars chez Heritage Auctions. Quelques semaines plus tard, en juillet 2021, un Super Mario 64 scellé de 1996, noté 9.8 A++, atteignait 1,56 million de dollars — la première fois qu’un jeu vidéo franchissait le cap du million. Peu avant, un Legend of Zelda de 1987 avait changé de mains pour 870 000 dollars. Le sommet a ensuite été atteint via la plateforme Rally, qui annonce avoir vendu un Super Mario Bros. scellé pour 2 millions de dollars.Un jeu scellé, c’est un peu le timbre rare du XXIᵉ siècle : sa valeur ne tient pas à ce qu’on en fait, mais à l’impossibilité d’y toucher.
Ce que vaut le rétro « du quotidien » #
Loin des enchères millionnaires, c’est le marché des consoles ordinaires qui intéresse le plus de monde — et il monte régulièrement. Selon le baromètre Gaming 2025 de l’enseigne Easy Cash, la GameCube a vu sa valeur progresser de 24 % en trois ans pour atteindre un prix moyen de 93 euros, tandis que la Game Boy Color a bondi de 45 % sur la même période, passant de 65 à 94 euros. Les jeux complets en boîte avec notice (catégorie « CIB ») sur PS2 ou GameCube peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros pour les titres recherchés. Pour débuter une collection sans se ruiner, certaines machines restent abordables. Voici quelques repères de prix observés en seconde main début 2026 — fourchettes indicatives, l’état et la complétude faisant toute la différence.| Console | Fourchette occasion | Pour qui ? |
|---|---|---|
| PlayStation 1 | 30-50 € | Débuter à petit budget |
| Mega Drive | 40-70 € | Fans de Sega et d’arcade |
| Super Nintendo | 60-100 € | Le grand classique 16-bits |
| Game Boy Color | ~94 € (+45 % en 3 ans) | Portable culte, valeur en hausse |
| GameCube | ~93 € (+24 % en 3 ans) | Cote en progression constante |
Les rééditions officielles : rejouer sans se ruiner #
Bonne nouvelle pour qui veut jouer plutôt que collectionner : les constructeurs ont compris l’engouement et multiplient les rééditions légales. Nintendo a ouvert la voie avec ses mini-consoles (NES Classic Mini, SNES Classic Mini), puis a intégré une bibliothèque de classiques à son abonnement Nintendo Switch Online. L’offre de base donne accès aux jeux NES, Super NES, Game Boy et Game Boy Color ; le palier « Expansion Pack » (lancé en 2021) y ajoute la Nintendo 64, la Sega Genesis, la Game Boy Advance et la Virtual Boy, la GameCube étant réservée à la Switch 2. C’est aujourd’hui la seule manière officielle de jouer légalement à ces titres Nintendo. Du côté d’Atari, le constructeur a relancé en 2023 l’Atari 2600+, réplique 20 % plus compacte de la console de 1980, capable de lire les vraies cartouches Atari 2600 et 7800 d’époque. Suivront l’Atari 7800+ en 2024, puis une édition Pac-Man du 2600+ programmée pour le 31 octobre 2025. Au-delà des constructeurs historiques, l’écosystème s’est enrichi de machines pensées pour le rétro légal : l’Analogue Pocket, console portable haut de gamme (autour de 220 €) qui rejoue les vraies cartouches Game Boy via une puce FPGA, et l’Evercade, qui propose des compilations sous licence sur cartouches officielles entre 80 et 150 € pour la machine.Switch Online
Atari 2600+
Analogue Pocket
Evercade
Émulation : ce qui est légal, ce qui ne l’est pas #
Le sujet le plus mal compris du rétro-gaming. L’émulation en elle-même — c’est-à-dire le logiciel qui imite le fonctionnement d’une vieille console — est parfaitement légale. Ce qui pose problème, c’est le contenu : télécharger ou partager des ROMs de jeux encore protégés par le droit d’auteur est illégal, même si vous possédez la cartouche d’origine, et même si le jeu n’est plus commercialisé. Il n’existe pas d’exception « abandonware » reconnue en droit pour les jeux des grands éditeurs. Les voies légales existent et se multiplient : les abonnements officiels (Switch Online), les compilations sous licence (Evercade, collections « anniversaire » des éditeurs), et le matériel FPGA qui rejoue vos cartouches physiques d’origine (Analogue Pocket). On ne diffusera donc ici aucun tutoriel de piratage : l’intérêt patrimonial du rétro-gaming n’a de sens que s’il respecte les créateurs et les ayants droit.Collectionner malin (et légal) #
Que vous visiez l’investissement ou le simple plaisir de jouer, quelques réflexes évitent les déconvenues. Le marché regorge de faux jeux (cartouches repro de titres rares), de boîtes reconstituées et de prix gonflés. Achetez auprès de revendeurs spécialisés réputés, vérifiez les références de cote sur des bases publiques comme PriceCharting, et méfiez-vous des « affaires » trop belles sur les plateformes ouvertes.Le collectionneur naïf
- Achète une cartouche « rare » sans vérifier la cote
- Croit que tout vieux jeu vaut une fortune
- Se fie à un seul vendeur sur une plateforme ouverte
- Néglige l’authenticité de la puce et de l’étiquette
Le collectionneur avisé
- Croise PriceCharting et les ventes closes avant d’acheter
- Cible des titres qu’il aime, pas seulement « ce qui monte »
- Passe par des revendeurs spécialisés reconnus
- Privilégie les rééditions officielles pour jouer
Questions fréquentes #
Ma vieille cartouche peut-elle vraiment valoir des milliers d’euros ? +
Est-il légal d’émuler des jeux rétro ? +
Quelle console choisir pour commencer une collection ? +
Le rétro-gaming est-il un bon investissement ? +
Où acheter et revendre au juste prix ? +
Sources : presse spécialisée et maisons d’enchères. Article mis à jour régulièrement.